Qu'est-ce que le deep learning ?
Prérequis : aucun · Notions : IA, ML, DL, modèle de fondation, paramètres, perte, types d'apprentissage
Trois cercles emboîtés
L'intelligence artificielle (IA) est le champ le plus large : tout système qui accomplit une tâche qu'on associe à l'intelligence (jouer aux échecs, traduire, reconnaître un visage). Un programme d'échecs écrit entièrement à la main avec des règles est de l'IA.
Le machine learning (ML, apprentissage automatique) est un sous-ensemble de l'IA : au lieu d'écrire les règles, on écrit un programme qui trouve les règles tout seul à partir d'exemples. On lui montre des milliers de couples (entrée, réponse attendue) et il ajuste des nombres internes jusqu'à reproduire ces réponses.
Le deep learning (DL, apprentissage profond) est un sous-ensemble du ML qui utilise des réseaux de neurones composés de nombreuses couches empilées (d'où « profond »). Chaque couche transforme les données en une représentation un peu plus abstraite : pixels → bords → formes → objets.
Les modèles de fondation sont des réseaux profonds très grands, pré-entraînés sur d'énormes quantités de données générales (texte du web, images, code), puis adaptés à de nombreuses tâches. GPT, Claude, Llama, CLIP ou Stable Diffusion en font partie. Le terme a été popularisé en 2021 par un rapport de Stanford.
Qu'est-ce qu'« apprendre » pour une machine ?
Tout le deep learning tient dans une idée. On choisit une fonction paramétrée
On définit ensuite une fonction de perte
Lis cette formule de droite à gauche : pour chaque exemple
Il y a donc toujours trois ingrédients :
- Des données : des exemples
, ou seulement des dans certains cas. - Un modèle : la forme de
(un réseau de neurones avec une certaine architecture). - Une perte et un optimiseur : comment mesurer l'erreur, et comment modifier
pour la réduire (la descente de gradient, bloc MATH 15.1).
Les grandes familles d'apprentissage
- Supervisé : chaque exemple a une étiquette
fournie par un humain (photo → « chat »). - Non supervisé : pas d'étiquette ; on cherche une structure (groupes, compression).
- Auto-supervisé : on fabrique l'étiquette à partir de la donnée elle-même. Exemple : cacher le mot suivant d'une phrase et demander de le deviner. C'est le moteur des modèles de fondation, car il ne demande aucun annotateur humain et se passe donc à l'échelle d'Internet.
- Par renforcement : un agent agit, reçoit une récompense, et apprend à maximiser la récompense cumulée. Utilisé pour aligner les LLM (bloc FM 15.1).
Pourquoi maintenant ?
Les idées sont anciennes : perceptron (1958), rétropropagation popularisée en 1986, réseaux convolutifs (1989). Trois choses ont changé vers 2010 : les données (Internet, ImageNet en 2009), le calcul (les GPU, conçus pour le jeu vidéo, font des multiplications de matrices en parallèle) et quelques astuces (ReLU, dropout, bonne initialisation). AlexNet gagne ImageNet en 2012, le Transformer arrive en 2017, GPT-3 en 2020 montre qu'en grandissant un modèle de langage apprend des tâches qu'on ne lui a jamais enseignées.
Classer des photos de chats et de chiens. L'entrée
Écrire des règles à la main est sans espoir : « si oreilles pointues alors chat » échoue sur un berger allemand. On prend plutôt 25 000 photos étiquetées, un réseau convolutif (bloc CV 2.1) de quelques millions de paramètres et la perte d'entropie croisée (bloc MATH 13.1). Après entraînement, le réseau a « découvert » ses propres règles, codées dans ses poids. Personne ne les a écrites ; elles émergent de la minimisation de la perte.
Deviner le tempo d'un morceau. Imagine que tu veux qu'un programme donne le BPM d'un fichier audio.
- Approche classique : tu codes un détecteur de pics d'énergie, tu mesures l'écart moyen entre les pics, tu le convertis en BPM. Ça marche sur de la techno, ça échoue sur un morceau de jazz où la grosse caisse est discrète.
- Approche ML : tu rassembles 10 000 extraits dont tu connais le BPM (
), tu donnes le spectrogramme ( ) à un réseau , et tu minimises l'écart . Le réseau apprend lui-même quels indices comptent (charleston, basse, accents), y compris ceux auxquels tu n'aurais pas pensé. - Approche « fondation » : un modèle audio pré-entraîné sur des millions d'heures de musique sans étiquette sait déjà représenter le rythme ; avec 200 exemples étiquetés seulement, tu l'adaptes à ta tâche.
On te donne des couples
import numpy as np
rng = np.random.default_rng(0)
x = rng.uniform(0, 10, size=50)
y = 2.7 * x + rng.normal(0, 1, size=50) # la règle cachée est w = 2.7
# À toi : trouve w
Solution commentée
import numpy as np
rng = np.random.default_rng(0)
x = rng.uniform(0, 10, size=50)
y = 2.7 * x + rng.normal(0, 1, size=50)
candidats = np.arange(0, 5, 0.01) # 500 valeurs de w à tester
pertes = []
for w in candidats:
y_pred = w * x # le "modèle" f_w(x) = w x
perte = np.mean((y_pred - y) ** 2) # erreur quadratique moyenne
pertes.append(perte)
meilleur = candidats[np.argmin(pertes)]
print(f"w appris = {meilleur:.2f}, perte = {min(pertes):.3f}")
assert abs(meilleur - 2.7) < 0.1 # on retrouve (presque) la règle cachée
Remarque : on ne retrouve pas exactement 2,7 à cause du bruit ajouté aux données. C'est normal : le modèle trouve le meilleur
À retenir
- IA ⊃ ML ⊃ DL ⊃ modèles de fondation.
- Apprendre = trouver les paramètres
qui minimisent une perte moyenne sur des données. - Trois ingrédients : données, modèle, perte + optimiseur.
- L'auto-supervision (deviner une partie cachée de la donnée) permet d'apprendre sans annotateurs : c'est ce qui rend les modèles de fondation possibles.