Cours
Assertions et connecteurs logiques
Une assertion (ou proposition) est un énoncé mathématique dont on peut dire qu'il est vrai ou faux, sans ambiguïté. « » est une assertion vraie, « » une assertion fausse. Un énoncé qui dépend d'une variable, comme « », est un prédicat : il devient une assertion quand on fixe .
Définition Connecteurs
À partir de deux assertions et , on construit : la négation (« non »), la conjonction (« et »), la disjonction (« ou », ou inclusif), l'implication et l'équivalence . Leurs valeurs de vérité sont données par la table ci-dessous.
| | | | | | |
| V | V | F | V | V | V | V |
| V | F | F | F | V | F | F |
| F | V | V | F | V | V | F |
| F | F | V | F | F | V | V |
L'implication est donc fausse dans un seul cas : vraie et fausse. En particulier, une implication dont l'hypothèse est fausse est vraie. Par définition, a la même table que . On dit que est une condition suffisante pour , et que est une condition nécessaire pour .
Proposition Règles de calcul
Pour toutes assertions :
- double négation : ;
- lois de De Morgan : et ;
- distributivité : et ;
- négation d'une implication : ;
- contraposée : ;
- double implication : .
Démonstration
Chaque équivalence se vérifie sur une table de vérité à 4 ou 8 lignes. Par exemple pour la contraposée : équivaut à , c'est-à-dire à , qui est exactement . Pour la négation de l'implication : par De Morgan.
Attention
La réciproque de est : elle n'a aucune raison d'être vraie ( est vraie, la réciproque est fausse). La contraposée , elle, est toujours équivalente à l'implication de départ. Et la négation de « » n'est pas une implication : c'est « et non ».
Quantificateurs
Définition Quantificateurs
Soit un prédicat portant sur les éléments d'un ensemble .
- signifie : pour tout élément de , est vraie.
- signifie : il existe au moins un élément de tel que soit vraie.
- signifie : il existe un et un seul tel .
La variable quantifiée est muette : et disent la même chose. En revanche, l'ordre des quantificateurs de natures différentes compte.
Exemple L'ordre change tout
« » est vraie (prendre : dépend de ). « » est fausse : elle affirme qu'un même réel est plus grand que tous les réels, y compris lui-même. On peut toujours échanger deux consécutifs, ou deux consécutifs, mais jamais un et un .
Proposition Négation d'une assertion quantifiée
Pour nier une assertion, on échange les et les sans changer leur ordre, puis on nie le prédicat final.
Exemple Nier une définition
« La suite est majorée » s'écrit . Sa négation, « n'est pas majorée », s'écrit . Pour une fonction , « est croissante » s'écrit , et « n'est pas croissante » s'écrit . Attention : « non croissante » ne veut pas dire « décroissante ».
Les modes de raisonnement
Raisonnement direct. Pour montrer , on suppose vraie et on en déduit . La rédaction commence par « Supposons . » ou « Soit tel que… ».
Par contraposée. Pour montrer , on montre . Exemple : si est pair, alors est pair. Contraposée : si est impair, , alors est impair.
Par l'absurde. Pour montrer , on suppose et on aboutit à une contradiction.
Théorème Irrationalité de
n'est pas un nombre rationnel.
Démonstration
Par l'absurde, supposons avec , , et la fraction irréductible. Alors est pair, donc est pair (contraposée ci-dessus) : . Il vient , soit , donc est pair aussi. Alors divise et , ce qui contredit l'irréductibilité.
Théorème Euclide
Il existe une infinité de nombres premiers.
Démonstration
Par l'absurde, supposons qu'il n'y en ait qu'un nombre fini . Posons . admet un diviseur premier (son plus petit diviseur est premier), qui est l'un des . Alors divise et , donc divise leur différence : contradiction.
Disjonction de cas. Pour montrer , on sépare en cas qui recouvrent toutes les possibilités (par exemple pair / impair, / ).
Analyse-synthèse. Pour déterminer tous les objets vérifiant une propriété, on procède en deux temps. Analyse : on suppose qu'un objet convient et on accumule des conditions nécessaires, jusqu'à n'avoir plus qu'un petit nombre de candidats. Synthèse : on vérifie quels candidats conviennent réellement.
Proposition Fonctions paires et impaires
Toute fonction s'écrit de manière unique avec paire et impaire.
Démonstration
Analyse. Si convient, alors . En ajoutant et soustrayant avec , on obtient et : il y a au plus une décomposition (unicité).
Synthèse. Les fonctions et ainsi définies sont respectivement paire et impaire, et : la décomposition existe. Exemple : .
Le raisonnement par récurrence
Axiome Principe de récurrence
Soit et un prédicat défini pour . Si est vraie (initialisation) et si, pour tout , (hérédité), alors est vraie pour tout .
Ce principe est équivalent à une propriété fondamentale de : **toute partie non vide de admet un plus petit élément**. On l'admet.
Exemple Une récurrence simple
Montrons que pour tout , . Notons cette égalité. Initialisation : pour , les deux membres valent . Hérédité : soit tel que soit vraie. Alors , c'est . Conclusion : est vraie pour tout .
Théorème Récurrences double et forte
Récurrence double : si et sont vraies, et si pour tout , , alors est vraie pour tout .
Récurrence forte : si est vraie, et si pour tout , , alors est vraie pour tout .
Démonstration
Pour la récurrence forte, on applique la récurrence simple au prédicat : « est vraie pour tout ». est , vraie. Si est vraie, l'hypothèse donne , donc . Ainsi est vraie pour tout , et a fortiori . La récurrence double se traite de même avec .
Exemple Récurrence forte : décomposition en facteurs premiers
Tout entier est un produit de nombres premiers. Si c'est vrai pour tous les entiers de , considérons : soit il est premier (c'est un produit à un facteur), soit avec , et il suffit de multiplier les décompositions de et de , qui existent par hypothèse. Une récurrence simple ne suffirait pas : on a besoin de et , pas de .
Attention
Une hérédité qui ne fonctionne pas pour tous les ruine la preuve. Le célèbre « tous les chevaux ont la même couleur » échoue au passage de à : les deux groupes de chevaux utilisés n'ont alors aucun cheval en commun.
Vrai ou faux ? Réponds avant d'ouvrir.
Si est fausse, alors est vraie, quelle que soit .
Vrai. C'est la troisième et la quatrième ligne de la table de vérité. « Si , alors je suis le pape » est une implication vraie.
La négation de « » est « ».
Faux. On n'a pas échangé les quantificateurs. La négation correcte est .
est équivalente à .
Vrai. C'est la contraposée ; les deux ont la même table de vérité.
Pour montrer qu'une propriété est vraie pour tout , il suffit de la vérifier pour .
Faux. Aucun nombre fini de vérifications ne remplace une preuve. est premier pour , mais pas pour : .